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Sondage «Entreprise responsable»

Infographie sur les résultats du sondage d’Engagement Migros en septembre 2020.

Sondage du Fonds pionnier Migros

Entreprise responsable – une évidence!?

«C’est incroyable qu’on doive encore poser cette question en 2020», a noté un twitteur lorsque le Fonds pionnier Migros a demandé à sa communauté: pour les entreprises, est-il important de tenir compte de la responsabilité sociale en plus de l’efficacité économique? 95% des participants ont répondu – sans surprise – «Très». Malheureusement, la réalité des entreprises est souvent différente. Mais pourquoi? Nous avons parlé à trois entrepreneuses. 

Pour Simone Alabor, l’économie ne fonctionne que dans une société qui fonctionne. Et celle-ci ne fonctionne à son tour que dans un environnement qui fonctionne. «On ne peut pas considérer cela séparément.»  

Simone Alabor est cheffe de projet de #MoveTheDate. Le mouvement entend reporter l’Overshoot Day – le jour où la population suisse a épuisé les ressources naturelles auxquelles elle a droit pour l’année – du début mai au 31 décembre. La plateforme se veut résolument pratique. Elle propose des expériences vécues, une communauté vivante, ainsi que des actions concrètes pour utiliser parcimonieusement les ressources.

Portrait de l’entrepreneuse Simone Alabor.

Pour l’entrepreneuse Simone Alabor de #MoveTheDate, la durabilité économique va de pair avec la durabilité sociale et écologique. (Photo màd)

Impliquer toutes les parties prenantes

Urban Equipe  adopte une approche différente de la responsabilité sociale: l’association s’est fixé pour objectif de façonner des villes durables qui sont conçues de manière participative. L’urbaniste Sabeth Tödtli est convaincue que cette forme de développement urbain est la seule façon de créer des lieux durables où chacun se considère comme faisant partie du développement.  

Sa conception de la responsabilité sociale inclut également son personnel: «Nous réfléchissons beaucoup à l’interne, nous discutons de la répartition des salaires, des hiérarchies, nous nous demandons si tout le monde se sent à l’aise dans sa position.»

 

L'équipe d'Urban Equipe est assise sous un pont avec une table, un mégaphone et un vélo de transport.

Sa conception de la responsabilité sociale des entreprises inclut également son personnel: Sabeth Tödtli (2e depuis la d.), Urban Equipe. (Photo: Michael Meili)

«Personne ne se soucie de l’argent en tant que tel, mais plutôt de ce qu’on peut faire avec.» Sabeth Tödtli est convaincue que les personnes qui occupent un poste valorisant sont prêtes à travailler pour un salaire moins élevé. «En tant qu’entreprise, vous n’êtes pas obligé de payer des salaires élevés et d’agir de manière durable et sociale en même temps, car en tant qu’employeur/euse social/e, vous offrez d’autres avantages.»  

En tant qu’entrepreneuse, la difficulté est de le négocier avec les collaborateur/trice/s: «Qu’est-ce que le travail leur amène? On ne doit pas faire l’économie de cette discussion.»

Les trois faces de la durabilité

Pour Mirjam Stawicki de carvelo2go, il est impératif que les trois aspects de la durabilité soient intégrés dans un modèle d’affaires. «Si l’entreprise est déficitaire, l’offre ne durera pas longtemps. Une entreprise doit être économiquement saine, mais en même temps promouvoir une valeur écologique et sociale. Pour moi, c’est à ce moment-là qu’elle répond aux valeurs de l’entrepreneuriat social.»  

Ce point de vue est également partagé par une personne de la communauté sur LinkedIn: «La durabilité se fonde sur trois responsabilités: économique, sociale et nature/environnementale.» 

L’équipe de carvelo2go présente un vélo-cargo.

Sur deux roues pour plus de durabilité: Mirjam Stawicki (assise dans le box) et son équipe présentent un vélo-cargo électrique de carvelo2go. (Photo:  Mobilitätsakademie AG, photographe: Emanuel Freudiger)

Professionnaliser, adapter, automatiser

Les projets pionniers soutenus par le Fonds pionnier Migros misent sur des méthodes innovantes pour apporter des changements positifs dans la société. Mais que se passe-t-il lorsque le soutien arrive à son terme et que les projets doivent voler de leurs propres ailes? Est-il possible de combiner esprit d’entreprise et responsabilité sociale? 

«Nous devons encore prouver que nous sommes en mesure de nous installer sur le marché libre à long terme et continuer à poursuivre nos objectifs sans soutien», déclare Sabeth Tödtli. Urban Equipe recevra un financement pour deux ans supplémentaires, après quoi elle sera livrée à elle-même. C’est pourquoi les urbanistes s’efforcent de chercher des mandats, des subventions et des fonds supplémentaires, «mais on voit bien que c’est difficile. D’autant plus difficile si on tente de rester cohérent.»  

Par «cohérent», Sabeth Tödtli pense à la question délicate de savoir avec qui on conclut une collaboration. Le développement urbain participatif est en plein essor. De nos jours, de nombreuses grandes entreprises souhaitent impliquer les parties prenantes dans la planification. Toutefois, pour Sabeth Tödtli et l’Urban Equipe, il est clair que si le mandat n’est qu’une action de greenwashing, alors «il ne nous intéresse pas. Même si c’est souvent dans de tels cas que l’argent coule à flots.»

Portrait de la pionnère Sabeth Tödtli.

Sabeth Tödtli reste cohérente: si les client/e/s souhaitent uniquement faire du greenwashing, alors elle décline toute collaboration. (Photo: Michael Pfister)

L’objectif n’est pas de faire des bénéfices

Carvelo2go, qui a été accompagné par le Fonds pionnier Migros jusqu’en 2019, s’autofinance depuis. «Nous avons commencé en suivant le principe très simple selon lequel il fallait nous adapter, professionnaliser et automatiser les processus», explique Mirjam Stawicki. Le développement d’un système de paiement en ligne et le développement d’une application en faisaient notamment partie. «C’est complexe et coûteux; difficile sans mesures de soutien.»  

Une fois le soutien apporté par le Fonds pionnier Migros arrivé à terme, l’entreprise a réussi à relever ce défi, en alignant ses besoins sur les souhaits des villes et a ainsi pu développer son projet. Toutefois, l’objectif n’a jamais été de générer des bénéfices – carvelo2go reste avant tout un programme de soutien des vélos-cargos. L’offre devrait rester abordable pour tout le monde et les transports – en particulier dans les villes – devraient ainsi devenir plus durables.

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«Il faut créer des incitations pour que les modèles d’affaires durables vaillent la peine pour les entreprises.» Mirjam Stawicki, carvelo2go (Photo: Mobilitätsakademie AG, photographe: Emanuel Freudiger)

Entrepreneuse tout court

Un commentaire de LinkedIn sur le sondage demande comment se définit et se mesure la «rentabilité idéale». La réponse de Simone Alabor: «Nous ne savons pas à quoi ressemble une économie durable dans la pratique». On parle toujours des méchantes grandes entreprises. «Mais les grandes entreprises sont aussi composées de personnes qui se lèvent tous les matins et vont au travail en respectant les règles.»  

S’il existait davantage de bons exemples montrant que rentabilité et responsabilité sociale ne sont pas incompatibles, les choses pourraient changer. Par contre, Simone Alabor n’aime pas l’expression «entrepreneuse sociale»: «Je me considère comme une entrepreneuse, pour moi, il va de soi que cela inclut d’autres dimensions. Le qualificatif «sociale» n’est pas nécessaire. Cela fait partie intégrante d’un esprit d’entreprise normal.»

Simone Alabor pose devant les chapiteaux de l’Oerliker Fest.

Simone Alabor à l’Oerliker Fest 2019, où un concept d’événement zéro déchet a été testé. (Photo: Mr. Green)

On a besoin de tout le monde

Et par où commencer maintenant? Comment amener le changement? Un commentaire de LinkedIn appelle à ce que chacun assume une partie de la responsabilité: ce n’est que si les entreprises, les hommes et les femmes politiques, les consommateurs et les consommatrices s’engagent ensemble que le succès sera au rendez-vous. Relevons ce défi ensemble!

Texte: Rahel Grunder

#MoveTheDate Switzerland est une plateforme positive en faveur du climat destinée aux personnes qui souhaitent agir. C’est collectivement et avec beaucoup d’enthousiasme que l’Overshoot Day va être repoussé à la fin de l’année. Toutes les personnes qui participent soutiennent des modèles d’affaires durables grâce à leur pouvoir d’achat de consommateurs et de consommatrices et partagent conseils et astuces sur ce qu’il est possible de faire soi-même.  

Urban Equipe rêve de villes durables: accessibles, plurielles et disposées à apprendre. C’est pourquoi elle s’engage en faveur d’essais courageux, d’échanges de connaissances en toute honnêteté et d’une participation concrète au développement urbain. «Urban Equipment» contribue à intensifier les échanges. Elle contient toute une série de méthodes, de formats et d’outils tels que des plans de construction, des jeux et des vidéos explicatives.  

Avec plus de 22 000 utilisateurs et utilisatrices enregistrés et plus de 60 000 trajets, carvelo2go est non seulement la première au monde, mais aussi la plus grande plateforme de partage de vélos-cargos électriques. Plus de 320 vélos-cargos électriques sont désormais disponibles dans 75 villes et communes suisses pour le transport de d’enfants ou de marchandises. Ils se sont imposés comme une alternative sérieuse et écologique à la voiture.