En-tête

De 0 à 100: comment les dream teams mettent les gaz

Texte

Rahel Grunder

Paru

14.02.2022

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Il faut un esprit pionnier pour amorcer le changement social. Et une équipe qui fonctionne pour concrétiser les projets pionniers. Dans notre série de vidéos, trois dream teams racontent comment elles se sont trouvées, comment elles travaillent ensemble et comment elles abordent les sujets délicats.

Pour les pionnières et pionniers qui concrétisent leurs idées novatrices avec idéalisme et esprit d’initiative, il n’est pas seulement agréable d’avoir l’équipe parfaite, mais indispensable. «L’équipe compte plus que l’idée», affirme Stefan Schöbi, responsable du Fonds pionnier Migros. Parce que rien n’est possible sans une équipe qui fonctionne. C’est pour cela que le Fonds pionnier souligne l’importance du travail d’équipe dans son nouveau manuel De 0 à 100 et lui consacre un chapitre entier.

Rea Eggli, pionnière de #letsmuseeum, a déjà monté de nombreux projets et sait donc que la bonne composition de l’équipe est un grand défi pour une start-up: «Il faut des membres qui ne se contentent pas de faire un travail, mais qui s’identifient pleinement au projet et s’investissent beaucoup, malgré un salaire modeste et un avenir incertain.»

Moi ou toi? La dream team Rea Eggli et Caroline Schlütter en pleine discussion.

Ondine Riesen du projet Ting en est également convaincue: «Les compétences s’acquièrent. L’enthousiasme pour la cause, la sympathie, l’estime, le respect mutuel sont des valeurs plus difficiles à développer si elles ne sont pas déjà présentes au départ.»

Qui est le complément idéal?

Mais comment trouve-t-on les gens avec qui on veut et peut changer le monde? Dans notre manuel, nous écrivons: «Vous avez besoin de partenaires complémentaires, sur le plan professionnel et humain. Ne cherchez pas des égales ou des égaux, mais des compétences complémentaires. » Les pionnières et pionniers eux-mêmes nous livrent d’autres pistes pour la recherche de l’équipe parfaite. Philipp Glauser du projet Thingsy recommande par exemple de lire le livre Cofounding The Right Way de Jana Nevrlka pour choisir ses partenaires de projet.

Et comment met-on ces idées en pratique? Silvan Groher de l’équipe Ting raconte qu’il a trouvé sa partenaire de projet Ondine Riesen grâce à sa femme: «Je cherchais quelqu’un d’empathique, qui puisse se mettre dans la tête des autres et soit capable de raconter des expériences sous forme d’histoires. Ma femme s’est écriée: ‹Alors, il faut que tu contactes Ondine!»

Moi ou toi? La dream team Ondine Riesen et Silvan Groher en pleine discussion.

Marius Portmann a lancé SimpleTrain sans concept précis, mais avec une vision. Lorsqu’il a eu besoin de renforts, il a fait appel à ses anciens camarades de lycée Austin Widmer et Linus Egli. Le temps passé ensemble à l’école cantonale et ce qu’il savait de leur comportement scolaire lui ont semblé une base suffisante pour collaborer avec eux. Leur franc succès lui a donné raison: l’équipe est désormais passée de trois à sept membres. Ils n’ont rien perdu de leur esprit pionnier ni de leur humour. «Nous sommes comme l’équipe de bob de Rasta Rockett: pas très organisés, mais très rapides quand même», explique Linus Egli en riant.

Moi ou toi? La dream team Linus Egli et Marius Portmann en pleine discussion.

Combien de structure, combien d’agilité?

Les comparaisons avec les équipes sportives sont désormais fréquentes dans le monde du travail. Mike Zani, auteur du best-seller du Wall Street Journal The Science of Dream Teams, estime que l’explication est historique: pendant l’industrialisation, les ressources humaines étaient interchangeables dans le processus de travail, alors qu’aujourd’hui, on se base sur les talents, les savoir-faire et les expertises individuels et on les utilise dans les rôles où ils peuvent le mieux s’exprimer. («If the model for the industrial age was a hyper-efficient Toyota plant, the template for the Information Age might be a professional sports franchise.»)

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L’équipe de Ting, en partant de la gauche et dans le sens des aiguilles d’une montre: Ruben Feurer, Vinzenz Leutenegger, Ondine Riesen, Ralph Moser, David Simon, Silvan Groher, Malik El Bay, Flurin Hess. Photo: Swami Mooday

L’équipe de Ting s’organise autour des compétences, mais aussi des préférences: les membres travaillent dans des domaines qu’ils ont choisis eux-mêmes, où ils se sentent à l’aise, où ils peuvent utiliser leurs aptitudes existantes et en acquérir de nouvelles. Leur structure organisationnelle est la sociocratie 3.0, qui repose sur un modèle de répartition décentralisé. Elle est basée sur les rôles, l’essentiel des décisions est pris par plusieurs rôles. La seule chose importante pour que l’entreprise tourne rond, c’est qu’il y ait quelqu’un pour remplir chacun des rôles de base. Tout le reste fonctionne avec agilité, en fonction des besoins de l’équipe et du travail à effectuer (pour plus d’informations sur la sociocratie, voir www.sociocracy30.org).

Au départ, l’équipe de SimpleTrain s’est appuyée sur des structures classiques. Linus Egli: «Au début, nous avions un CEO, un CTO, etc. Mais nous nous sommes vite rendu compte que cet organigramme n’était pas adapté à une entreprise aussi dynamique et petite que la nôtre.»

Rea et Caroline de #letsmuseeum se sont clairement réparti les rôles entre elles, en fonction de leurs talents respectifs: Rea ébauche les idées, conçoit de nouveaux formats et s’occupe du Business Development, tandis que Caroline dirige la marche opérationnelle des affaires et gère la communication, le suivi des clients et l’équipe externe. Rea ajoute: «Dans une équipe aussi petite, où tout le monde travaille à temps partiel, et dans une entreprise qui doit rester agile et qui est en pleine croissance, il est essentiel que tout le monde participe à la réflexion et donne un coup de main. Notre culture de travail est transparente et participative, avec des échanges étroits et nous nous aidons mutuellement dans nos tâches quotidiennes. De nouvelles circonstances, comme le coronavirus, exigent aussi de nouvelles structures organisationnelles. Caroline: «Avant la pandémie, l’équipe comptait jusqu’à 6 membres. Avec le coronavirus, elle s’est réduite à Rea et moi, avec un réseau existant et rodé, auquel nous avons fait appel lorsque c’était nécessaire.»

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L’équipe qui veut inciter la Suisse à voyager plus durable (de g. à d.): Marius Portmann, Karin Hugentobler, Austin Widmer, Saskia Bilang, Linus Egli. Photo: mise à disposition

Et quand ça ne va pas?

Bien sûr, il y a aussi des frictions au sein des trois dream teams présentées. «Les désaccords surviennent toujours lorsque nous sommes dépassés», estime Marius Portmann de SimpleTrain. Mais l’équipe a jusqu’à présent réussi à franchir tous ces écueils. En dominant les émotions, en évitant les attaques personnelles et en s’en tenant aux faits. «Nous sommes toutes et tous liés par l’amitié. Nous ne voulons donc de toute manière pas d’attaques personnelles entre nous.»

Chez Ting, on n’hésite pas à aborder les problèmes. Ondine précise avec une honnêteté désarmante: «Admettre la vérité détend énormément. Une fois qu’on a mis toutes ses faiblesses sur la table, les autres peuvent donner un coup de main là où on en a besoin. Et on ne gaspille pas son énergie à faire semblant de savoir de faire quelque chose qu’on ne maîtrise pas.»

Pour Caroline de #letsmuseeum, la communication est décisive: «La première chose à faire, c’est de parler ouvertement du problème. C’est parfois plus simple à dire qu’à faire. Mais en parler pour déterminer où le bât blesse exactement et pourquoi est essentiel.»

Partager les succès et les larmes

Encore une comparaison tirée du sport: les images de footballeurs pleurant dans les bras les uns des autres et de curleuses jubilant ensemble après le match viennent forcément à l’esprit quand on suit une dream team. Parce que l’esprit d’équipe ne se limite pas à suer sang et eau ensemble, c’est aussi partager les moments joyeux et les déceptions. «Marius veille à ce que, de temps en temps, nous prenions un verre ensemble après le travail», explique son collègue Linus. «C’est juste que je tiens vraiment à ce tout le monde sache que nous ne faisons pas que travailler ici. Nous voulons aussi nous amuser», explique Marius, le sourire aux lèvres.

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Emotional Storytelling: #letsmuseeum a développé 13 visites de musées et de villes dans différents lieux. Photo: mise à disposition

«Demandez-vous si vous pourriez vivre avec cette personne.» Rea va même plus loin et assimile la relation de l’équipe fondatrice d’une start-up à celle d’un couple: «On est passionnément amoureux d’une idée et on fait tout pour la faire briller. Les premières années, on passe plus de temps dans cette relation que dans son couple et pendant ces moments, on vit des montagnes russes émotionnelles; on exulte et on pleure en alternance, on se stimule et on se soutient. Il ne faut pas seulement avoir une vision commune, mais aussi de la sympathie pour l’autre et une grande confiance réciproque.»

C’est ce qui ressort très vite des vidéos des trois binômes interrogés: ils n’effectuent pas seulement un travail de pionnier ensemble, avec passion et engagement; leurs membres s’apprécient aussi sur le plan humain et sont devenus amis s’ils ne l’étaient pas déjà. Ondine: «Je nous compare parfois aux Tortues Ninja. Chacune a ses superpouvoirs, ensemble, elles vivent des aventures passionnantes et réussissent toujours à faire ce qu’elles ont décidé.»

Das Handbuch für Pionier*innen.

Couverture du manuel «De 0 à 100».

Le manuel des pionnières et des pionniers

Vous avez une idée originale. Une idée qui nous ferait avancer en tant que société. Ce manuel des pionnières et des pionniers vise à vous aider à concrétiser cette idée et à faire le nécessaire. Très pratique. Grâce à de nombreux conseils inspirants et d’outils concrets. Et surtout à l’aide de toutes les expériences que d’autres pionnières et pionniers ont accumulées dans leurs projets. Tout au long des douze chapitres, vous trouverez des conseils pratiques, des suggestions concrètes et un grand nombre de moments «de-0-à-100» qui vous montreront à quoi ressemblent les véritables projets pionniers. Ces petits boosters d’énergie vous montreront comment donner un élan décisif à votre idée et soulever des montagnes. De 0 à 100!

Ce manuel est disponible en librairie depuis le 25 janvier 2022.

Photo/scène: Pascal Swier/unsplash

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